Hanche plus haute que l’autre : c'est sûrement la faute du bassin
Une hanche visuellement plus haute traduit une obliquité pelvienne dans le plan frontal, mais n’en identifie pas la cause. Je recherche d’abord une inégalité anatomique des membres inférieurs, puis une inégalité fonctionnelle liée à une flexion de genou, une limitation coxo-fémorale, une contracture musculaire, un appui asymétrique ou une compensation scoliotique. L’examen se fait en charge, avec analyse de la marche, mesure des amplitudes et test par cales sous le pied. Si une différence osseuse doit être quantifiée, la référence reste la radiographie antéropostérieure des membres inférieurs en charge, jamais l’observation du bassin seul.
Vous l’avez peut-être remarqué devant un miroir : votre ceinture penche, un côté du pantalon tombe différemment ou une hanche plus haute que l'autre attire votre attention.
Le réflexe consiste souvent à penser que le bassin s’est « déplacé ».
Je préfère partir d’un constat plus précis : cette asymétrie montre une position, mais elle n’en révèle pas encore la cause. Le bassin peut s’incliner sous l’effet des appuis, de la mobilité des hanches, de tensions musculaires, d’une différence de longueur des jambes ou d’une adaptation de la colonne.
Parfois, ce décalage reste discret et indolore. Parfois, il accompagne une gêne lombaire, une douleur à la hanche ou une sensation de jambe plus courte. J’observe donc le corps debout, en mouvement et dans ses habitudes quotidiennes avant de tirer une conclusion.
Je suis Justine Dal Col, chiropracteure à Lyon, et je vous explique comment lire cette asymétrie sans réduire tout le problème au bassin.
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Une hanche plus haute que l'autre ne suffit pas à incriminer le bassin
Devant un miroir, la ligne de la ceinture paraît très parlante. Pourtant, elle capture seulement la façon dont vous vous tenez à cet instant. Une jambe reçoit peut-être davantage de poids, un genou reste légèrement fléchi ou le tronc s’incline sans que vous le sentiez.
Je regarde donc l’ensemble de la silhouette. Une asymétrie du bassin prend un sens différent si elle s’accompagne d’une épaule plus haute, d’un creux de taille plus marqué ou d’une rotation du thorax. La colonne lombaire peut participer à cette organisation, notamment lorsqu’elle s’adapte à une courbure ou à une raideur.
J’évite aussi l’expression « bassin déplacé », car elle suggère qu’un os serait sorti de sa place. Dans la majorité des situations courantes, j’observe plutôt une bascule du bassin, une rotation légère ou une adaptation fonctionnelle liée aux appuis et aux mouvements.
Avant d’interpréter ce que vous voyez, je vérifie plusieurs éléments :
- La position des pieds
- La répartition du poids
- L’alignement des genoux
- Le niveau des épaules
- La mobilité du tronc
Cette lecture évite de transformer une posture asymétrique en diagnostic immédiat. Le décalage peut rester stable depuis longtemps, varier selon la fatigue ou disparaître dès que vous changez d’appui. Une observation répétée dans plusieurs positions apporte donc davantage d’informations qu’une seule photo. La question utile devient alors : qu’est-ce qui maintient cette position, et votre corps la tolère-t-il bien ?
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Les appuis et les muscles peuvent incliner le bassin
Une hanche plus haute que l'autre peut apparaître lorsque vous chargez souvent la même jambe. Le bassin suit alors la manière dont le poids traverse le corps. Cette habitude se retrouve chez les personnes qui restent longtemps debout, portent un enfant du même côté ou travaillent avec un poste mal réglé.
J’observe d’abord les appuis au sol. Un pied plus ouvert, une voûte qui s’affaisse davantage ou un genou qui rentre peuvent modifier l’axe de la jambe. Le bassin s’adapte au-dessus pour garder le regard horizontal et permettre la marche.
Les tensions musculaires comptent aussi. Les muscles fessiers stabilisent le bassin à chaque pas, tandis que les muscles lombaires, les fléchisseurs de hanche et les adducteurs participent à son orientation. Une raideur d’un côté ou un manque de contrôle de l’autre peut entretenir un déséquilibre postural, surtout lorsque le mouvement est répété chaque jour.
Je cherche alors ce qui change entre plusieurs situations :
- Debout, pieds parallèles
- En appui sur une seule jambe
- Pendant la marche
- En montant une marche
- Lors d’une flexion de hanche
La mobilité du bassin ne se juge pas sur un mouvement isolé. Je compare les deux côtés, la fluidité du geste et l’apparition éventuelle d’une douleur. Si le niveau des hanches se corrige lorsque vous répartissez mieux votre poids, la composante fonctionnelle devient probable. Si l’asymétrie reste identique, j’élargis l’examen à la colonne, aux hanches et aux membres inférieurs. Le corps organise plusieurs compensations à la fois, et chacune doit être replacée dans votre façon de bouger.
Ça ne vient pas de moi
Une patiente de 67 ans, opérée des deux hanches après des luxations congénitales, avait la sensation très nette qu’une jambe était plus courte de 45 mm. Pourtant, les radiographies réalisées debout montraient l’inverse : le membre concerné était anatomiquement plus long de 9 mm. L’impression de raccourcissement venait principalement d’une forte obliquité du bassin, entretenue par la position anormale de la hanche. Après la reprise chirurgicale et le rééquilibrage des deux côtés, le bassin s’est redressé et la sensation de jambe courte a disparu. Ce cas reste exceptionnel, mais il montre très bien pourquoi je ne me fie jamais à la seule hauteur des hanches : ce que vous ressentez, ce que l’on voit et ce que les os mesurent peuvent raconter trois histoires différentes.
Une jambe plus courte se mesure, elle ne se devine pas
Quand une personne voit son bassin pencher, elle pense souvent qu’une jambe est plus courte. Cette hypothèse mérite d’être vérifiée, mais la hauteur des hanches ne mesure pas directement la longueur des os. Une rotation du bassin, une flexion du genou, une raideur de hanche ou une position différente des pieds peuvent créer la même impression.
Je distingue donc la différence de longueur des jambes anatomique de la différence fonctionnelle. Dans le premier cas, les segments osseux présentent réellement une longueur différente. Dans le second, les deux membres paraissent inégaux parce que le corps s’organise autour d’une limitation articulaire, d’une tension ou d’une bascule du bassin. Les deux situations peuvent aussi se combiner.
Mon conseil de chiropracteur
« Quand vous voyez une hanche plus haute, ne glissez pas immédiatement une semelle dans votre chaussure. Je commence par vous observer debout, pieds parallèles et poids réparti sur les deux jambes. Je place ensuite des cales de hauteur progressive sous le membre qui paraît plus court, jusqu’à retrouver un bassin horizontal. Ce test donne une indication clinique bien plus utile qu’une comparaison des chevilles en position allongée. Il ne suffit toutefois pas à prescrire une correction : je vérifie aussi la mobilité des hanches, les genoux, les pieds et la marche. Une compensation posée du mauvais côté peut accentuer l’asymétrie au lieu de la corriger. »
À savoir
Une différence anatomique existe chez environ 90 % de la population. Elle reste le plus souvent faible : 78,7 % des personnes présentent moins de 10 mm d’écart.
Ces chiffres évitent de transformer une petite différence courante en explication automatique. Un bassin déséquilibré à l’œil peut venir d’une adaptation fonctionnelle, tandis qu’une différence osseuse légère peut ne provoquer aucun symptôme. J’interprète donc la mesure avec votre mobilité, vos douleurs et votre manière de marcher.
L’examen global relie la posture aux symptômes et au mouvement
Quand une hanche plus haute que l'autre s’accompagne d’une gêne, je commence par vous demander depuis quand vous l’avez remarquée. Une apparition après une chute, une douleur brutale ou une limitation récente n’oriente pas l’examen de la même façon qu’une asymétrie ancienne et indolore.
Je compare ensuite la posture, la marche et les amplitudes articulaires. Je vous regarde avancer, tourner, vous mettre sur une jambe et mobiliser les hanches. Je teste aussi le bassin, la colonne lombaire, les genoux et les pieds, car la zone visible n’est pas toujours celle qui lance la compensation.
https://www.youtube.com/watch?v=OP9dM7WCl6Q
Le mouvement actif montre ce que vous pouvez faire seul. Le mouvement passif précise ce que l’articulation autorise lorsque je la mobilise. L’écart entre les deux m’aide à repérer une raideur, une appréhension douloureuse ou un défaut de contrôle musculaire.
J’accorde une attention particulière à plusieurs signaux :
- Une douleur soudaine ou intense
- Une articulation chaude ou gonflée
- Une forte perte de mobilité
- Une fièvre associée
- Une faiblesse apparue brutalement
Ces signes justifient un avis médical rapide. Pour une asymétrie progressive sans urgence, l’imagerie n’est pas systématique. Une radiographie renseigne surtout sur les structures osseuses, tandis qu’une IRM explore plus finement les tissus mous lorsqu’elle est indiquée.
Mon objectif reste de relier ce que vous voyez à ce que vous ressentez et à la façon dont vous bougez. Cette cohérence clinique permet de proposer un accompagnement adapté, plutôt qu’une correction standard fondée sur la seule hauteur des hanches.
Ce que j’en pense réellement
Une hanche plus haute traduit une obliquité pelvienne dans le plan frontal, pas nécessairement un bassin « déplacé ». Je recherche d’abord si elle est réductible et si elle varie avec les appuis, la marche ou la mobilité coxo-fémorale. Une asymétrie fonctionnelle peut venir d’une contracture, d’une limitation articulaire ou d’une compensation rachidienne ; une asymétrie structurelle suppose une réelle inégalité osseuse. Quand le doute persiste, la mesure fiable repose sur une imagerie des membres inférieurs en charge. Je traite donc le mécanisme identifié, jamais la seule apparence du bassin.
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